Orinoco Flow review photo: Enya in white jacket.

 

Questions à... ENYA

Interview réaliseé par Marc TOESCA

TOP 50 Magazine (France) no.154

Nous vous la présentions dans les espoirs du Top du n° 151 et il n'a pas fallu très longtemps à cette frêle Irlandaise à la voix troublante pour entrer dans notre classement national. Le premier 45 tours d'Enya, « Orinoco flow », a eu l'occasion de prouver plus tôt, dans d'autres pays, ses capacités à grimper dans les charts. C'est certainement un des tubes des semaines à venir, l'occasion pour vous de découvrir un peu mieux son interprète.

Enya, est-ce ton véritable nom?

Oui, je m'appelle Enya Nibhraonain, c'est un nom gaélique, Ni signifie en gaélique « seulement la fille de » et « bhraonain » est l'équivalent de Brennan en anglais, donc « seulement la fille de Brennan ». Il reste encore quelques endroits en Irelande où l'on parle le gaélique et je suis née dans l'un d'eux. Le gaélique était ma première langue, j'ai dû apprendre l'anglais à l'école, ce qui explique mes fortes racines celtiques.

Tu viens d'une famille de musiciens, peux-tu nous en parler?

Nous sommes neuf frères et soeurs, quatre garçons et cinq filles. Maire, Kieran et Paul et deux de mes oncles font partie du groupe Clannad avec lequel j'ai tourné pendant deux ans. Ma mère est professeur de musique et mon père a eu un groupe qui s'appelait le Slieve Foy Dance Band mais depuis il a acheté un pub... C'était un groupe de jazz dont il avait pris la tête à la disparition de mon grand-père et quand ma mère l'a épousé, elle a également rejoint le groupe.

Quelle est ta formation musicale?

J'ai découvert la musique classique à l'école et ça a été un véritable coup de foudre. Alors, à dix-sept ans, je suis allée dans une école de musique pour élargir mes connaissances et l'année suivante je suis entrée dans le groupe Clannad comme clavier et choriste. C'est cette expérience de deux ans de tournées à travers toute l'Europe, le contact avec le public, qui m'a décidée à m'engagér dans cette voie. Mais Clannad était davantage le groupe de mes oncles et je souhaitais pouvoir écrire ma propre musique, moins folklorique. Après Clannad j'ai composé des musiques pour le cinéma et la télévision jusqu'à ce que nous décidions, avec Nicky Ryan, mon manager-producteur, ancien réalisateur pour Clannad, et sa femme, Roma, d'écrire un premier album de chansons.

Comment travaillez-vous?

Nous sommes complètement retirés du monde, je vis avec Nicky et Roma dans leur maison où nous avons notre studio. Roma écrit l'essentiel des paroles, j'écris les musiques et je travaille les arrangements avec Nicky, particulièrement les harmonies multivocales. Sur « Watermark », ma voix est enregistrée et superposée jusqu'à seize fois et cela dans plusieurs registres d'interprétation. Nous prenons le temps de réaliser chaque morceau le plus parfaitement possible et nous cherchons toujours à expérimenter de nouveaux sons. Il m'arrive de chanter d'une façon qui pourrait sembler ridicule en écoutant les notes isolées, mais liés au reste cela devient intéressant. Si nous parvenons à créer quelque chose de différent, je crois que c'est parce que je me consacre totalement à ma musique, c'est un sacrifice, 100% de ma vie, 99% ça ne marcherait pas.

Ta musique évoque par moments certains airs religieux...

C'est sans doute les arrangements vocaux qui donnent cette impression mais je ne cherche pas à créer cet effet, je fais simplement de la musique sans volonté particulière de délivrer un message.

Quelle est la plus grande satisfaction que t'ait apporté le succès?

Quand on a travaillé des mois en studio on n'a plus aucune idée de la façon dont le disque sera reçu par les gens, alors c'est très difficile de décrire combien c'est émouvant qu'il ait été accueilli aussi bien. C'est formidable comme chaque chanson a pu être perçue différement par différentes personnes. J'ai reçu de nombreuses lettres de gens ayant été touchés par tel ou tel titre de l'album, pour diverses raisons qu'ils m'expliquent. C'est étonnant à quel point trois personnes peuvent trouver trois sens différents à une chanson. Il semble que ma musique s'addresse aux gens de façon très personnelle et chaleureuse, ça me fait très plaisir.

Tu sembles chercher à être en paix avec toi-même, souhaites-tu le communiquer aux autres par ta musique?

Je ne cherche pas à satisfaire le public, sinon ça m'angoisse et ça tend à me rendre trop indulgente avec moi-même. J'essaie avant tout de proposer une musique différente à ceux qui veulent écouter autre chose. J'espère que mon travail pourra encourager des compositeurs qui essaient également d'écrire des musiques différentes.



Note: Originally transcribed by Marc Lortet. The English translation is also available.